Sobriété numérique en entreprise : définition, cadre légal et démarche concrète

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Sobriété numérique en entreprise : définition, cadre légal et démarche concrète

Un courriel de plus, une vidéo de plus : rien de tout cela n’apparaît sur la facture de l’entreprise.

Pourtant, le numérique pèse sur le climat et sur les ressources, et il est difficile de savoir par où commencer pour le réduire.

Cet article vous explique ce que recouvre la sobriété numérique, quelles règles s’appliquent vraiment à une entreprise privée et par quelles démarches concrètes commencer.

Infographie — sobriété numérique entreprise
Infographie — sobriété numérique entreprise

Une démarche qui questionne le besoin avant l’outil

Avant de choisir un appareil, demandez-vous si vous en avez vraiment besoin et combien d’usages il doit couvrir. C’est la sobriété : elle interroge le besoin avant l’outil.

L’efficacité réduit l’énergie d’un usage donné. Elle ne remplace pas la sobriété : si le volume d’usages grimpe, le total des impacts peut monter. Il faut donc réduire aussi ce volume.

Un gain peut se défaire

Une antenne 5G consomme moins qu’une antenne 4G. Mais si ce gain sert à regarder davantage de vidéos en haute définition, la consommation totale peut remonter, voire dépasser l’économie. C’est l’effet rebond.

Et le carbone ne résume pas l’impact : les métaux, l’énergie et les déchets comptent aussi.

Le numérique, ça pèse combien dans le carbone français ?

Le numérique émet 29,5 millions de tonnes équivalent CO₂, soit 4,4 % de l’empreinte carbone française, et consomme 11 % de l’électricité.

Critère Terminaux Centres de données Réseaux
Part de l’empreinte carbone 50 % 46 % 4 %
Équipements concernés Ordinateurs, smartphones, téléviseurs Serveurs qui stockent et traitent les données Antennes et fibre
Poids relatif Le plus lourd Presque autant Le plus léger
Ne comparez pas 2,5 % et 4,4 %

L’ancien chiffre vient de données de 2020, donc il ne se lit pas comme une hausse de l’empreinte. Retenez plutôt que les terminaux pèsent la moitié du total. Avant de renouveler un parc, vérifiez d’abord le besoin, car c’est là que se décide la plus grande part de l’impact.

Les piliers du numérique responsable, concrètement

Les principes transversaux du guide gouvernemental

Retenez deux principes de méthode. D’abord, raisonnez sur tout le cycle de vie d’un équipement et sur plusieurs impacts, pas seulement le carbone. Ensuite, appliquez les quatre R : refuser, réduire, réemployer, recycler.

Commencez toujours par refuser : supprimez l’équipement ou l’usage inutile avant de le réduire ou de le recycler. Pour replacer ces principes dans votre démarche, voyez les piliers ESG et le reporting.

Le Label Numérique Responsable et ses axes

Le référentiel du Label Numérique Responsable, refondu en 2021, regroupe 14 principes d’action répartis en quatre axes :

  • Stratégie et gouvernance : la définition de votre stratégie numérique responsable, puis son déploiement.
  • Soutien à la stratégie numérique responsable : l’adhésion des parties prenantes, l’inclusion, l’accessibilité, la communication et le développement des compétences.
  • Cycle de vie des services numériques : la durée de vie de vos équipements, ainsi que la gestion de vos logiciels, applications, données et infrastructures.
  • Étendre sa démarche numérique responsable : le partage et la mise en commun de vos actions.

Le référentiel de compétences de l’ADEME

Les cinq blocs du référentiel ADEME

1. Situer les impacts

  • une approche systémique du numérique
  • tout le numérique, pas seulement un outil

2. Estimer les impacts de son activité

  • mesurer les impacts de ses propres usages
  • chiffrer son parc et ses services

3. Repenser les usages

  • identifier des actions de sobriété
  • interroger le besoin avant l’outil

4. Agir en professionnel pour les collectifs

  • agir dans son métier
  • entraîner ses équipes et ses partenaires

5. Pérenniser les actions

  • mobiliser des outils adaptés
  • faire durer les actions dans le temps

Ce que la loi REEN impose, et à qui

Les communes et EPCI de plus de 50 000 habitants

Pour une entreprise privée, la loi REEN n’impose rien. Elle ne vise que les grandes collectivités : communes et intercommunalités de plus de 50 000 habitants.

Depuis le 1er janvier 2025, ces collectivités doivent avoir une stratégie numérique responsable. Elle fixe des objectifs de réduction, des mesures et des indicateurs de suivi.

La démarche suit l’ordre fixé par le décret n° 2022-1084 du 29 juillet 2022. D’abord, un bilan de l’impact du numérique et de ses usages sur le territoire. Sans lui, on ne sait pas où agir.

Ensuite viennent les objectifs, les indicateurs et les mesures de réduction. Ils peuvent porter sur les achats, la durée de vie du matériel, l’écoconception des services ou la sensibilisation des agents et des élus.

Les entreprises privées et les achats publics

Achats publics : seuls les acheteurs publics

Les quotas d’achats publics visent uniquement les services de l’État, les collectivités et leurs groupements. Ils doivent acheter 20 % à 100 % de réemploi ou de matières recyclées selon le produit, dont le matériel informatique et l’impression. Votre entreprise n’a pas de quota à respecter.

Par où commencer dans son organisation

Commencez par un état des lieux : le parc d’appareils, les usages, les achats et les services numériques. Listez aussi les actions déjà menées, pour ne pas refaire deux fois le même travail.

Choisissez ensuite les mesures les plus lourdes en premier, puis suivez leurs résultats avec quelques indicateurs. Sans chiffres de suivi, impossible de savoir si la stratégie tient.

Mesurer son empreinte

  1. Choisissez votre outil

    Parc informatique : ÉcoDiag. Système d’information : WeNR ou NumEcoEvl. Cloud : Cloud Carbon Footprint. Repère : vous savez quel périmètre mesurer.

  2. Lancez la mesure

    Ils sont libres et open source. Repère : vous obtenez un chiffre pour votre périmètre.

  3. Contactez un Activateur France Num

    L’Activateur vous accompagne et offre un premier entretien gratuit. Repère : un rendez-vous fixé, sans frais.

Allonger la vie des équipements avant de les renouveler

Le terminal (ordinateur, smartphone, tablette) pèse le plus lourd dans l’empreinte du numérique. Premier levier : ne pas acheter ce qui n’est pas nécessaire.

Ensuite, achetez à la mesure du besoin, puis gardez l’appareil plus longtemps grâce à la réparation et au réemploi. Un appareil gardé plus longtemps évite la fabrication d’un remplacement.

Pour organiser la fin d’usage de vos appareils, suivez ces étapes :

  • Un appareil encore en marche : réaffectez-le, donnez-le ou revendez-le
  • Un appareil en panne et irréparable : confiez-le à une filière de déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE)
  • Surveillez la date de fin de maintenance de vos logiciels : trop tôt, elle force le remplacement d’un appareil encore utilisable

Alléger les services et les usages, du logiciel au courriel

Le poids d’un service tient à sa conception et à ses usages. Pour concevoir ou acheter plus sobre, le RGESN sert de guide : sa version 2024 compte 78 critères en neuf thèmes.

Fixez un objectif lié au nombre d’utilisateurs attendus. Puis mesurez les gaz à effet de serre, l’énergie, l’eau et les ressources minérales consommées.

Pour alléger un service sans nuire au besoin :

  • concevez-le pour qu’il reste utilisable sur des équipements anciens, et prévoyez sa maintenance dès le départ.
  • arrêtez les fonctions peu utilisées si elles mobilisent des ressources dont le service n’a plus besoin.
  • réduisez les pièces jointes des courriels et la qualité des vidéos quand l’usage s’en contente, pour limiter les données échangées.
  • dans un hébergement, demandez des données de suivi sur les ressources consommées.

Équipements et services obéissent au même ordre : refuser l’inutile d’abord, alléger ensuite.

Votre prochain pas : listez vos ordinateurs, vos téléphones et vos logiciels, et notez pour chacun s’il sert encore. Ce premier tableau vous dira où commencer.

Foire aux questions

Le Label Numérique Responsable est-il obligatoire pour une entreprise ?

Non, le Label Numérique Responsable n’est pas obligatoire pour une entreprise : c’est un choix volontaire. Il sert à structurer une démarche numérique responsable et à la faire connaître. Si vous voulez vous y engager, France Num peut vous aider.

Quelle différence entre écoconception et sobriété numérique ?

L’écoconception réduit les impacts dès la conception d’un équipement ou d’un service. La sobriété commence plus tôt : elle demande si le besoin existe et combien d’usages il doit couvrir, puis elle vise à réduire le total des impacts.

Comment France Num accompagne-t-il les TPE et PME dans cette démarche ?

France Num accompagne les TPE et PME avec des guides, des outils, des conseillers et des financements. Ses Activateurs France Num vous aident à repérer les actions adaptées à votre entreprise et à préparer votre projet numérique.